Marjorie et Lucille Bouchet

l’avenir au cœur de la transmission

À la tête de la nouvelle génération de Bouchet Construction Métallique, Lucille et Marjorie Bouchet incarnent une reprise familiale progressive, construite sur la complémentarité et l’anticipation stratégique. Deux parcours distincts, une même vision : faire évoluer l’héritage transmis par leur père, Didier Bouchet, sans jamais rompre avec ses fondations.

Lucille et Marjorie Bouchet, la complémentarité des deux sœurs s’impose comme une évidence.
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Chez Bouchet Construction Métallique – spécialisée en charpente métallique, couverture, bardage –, la transmission ne se décrète pas, elle se prépare. Dans les bureaux comme dans l’atelier, elle s’organise par étapes, au rythme d’une montée en responsabilités pensée pour durer. Marjorie, 33 ans aujourd’hui, a été la première à franchir le pas. Formation scientifique, école d’ingénieurs en alternance, entrée dans l’entreprise en 2016 : elle construit sa légitimité par la production et la qualité avant d’élargir son champ d’action. « Au début, la difficulté n’était pas d’être une femme, mais plutôt “fille de” : la fille du dirigeant. Et donc de devoir faire mes preuves, notamment auprès des salariés plus anciens. » Progressivement, une fois sa compétence reconnue, les comportements évoluent de façon positive. Elle structure les fonctions support – QSE, trésorerie, social, ressources humaines, administratif –, tout en consolidant l’ossature interne de l’entreprise, là où se jouent la conformité, la stabilité financière et la gestion humaine. Lucille, 29 ans, a quant à elle pris un autre tempo, volontairement différé. « Je n’ai pas rejoint l’entreprise tout de suite. J’avais besoin de faire mes armes ailleurs, de me confronter au terrain sans l’étiquette familiale. » Diplômée ingénieure en bâtiment durable, elle passe près de cinq ans en conduite de travaux dans la construction bois. « J’ai géré des chantiers de A à Z, des clients, des délais, des imprévus… Cette expérience m’a donné de la crédibilité en arrivant ici. » Lorsqu’elle rejoint finalement l’entreprise en 2024, elle apporte une expertise opérationnelle immédiatement mobilisable.

Fluidité et harmonie familiale

Aujourd’hui, la complémentarité des deux sœurs s’impose comme une évidence. Marjorie pilote la structuration interne tandis que Lucille se déploie vers l’extérieur. « Je suis davantage sur l’amont des projets : le commerce, le bureau d’études, la conduite de travaux. J’aime être au contact des clients et des équipes chantier, explique-t-elle. C’est une répartition fluide, sans rivalité. On se connaît trop bien pour se marcher dessus. On sait où chacune est la plus légitime. » Cette harmonie ne doit rien au hasard. L’histoire familiale a forgé leur vigilance.
L’histoire de l’entreprise a été marquée par la disparition du grand-père et des réorganisations qui ont suivi. « Nous avons pu voir que travailler en famille peut être une force… mais aussi une fragilité si ce n’est pas cadré », souligne Marjorie. Et si elle appelle son père « Didier » au travail, Lucille reste sur « Papa ». « Mais on pose beaucoup de limites, analyse Lucille. Quand je vivais chez mes parents, on évitait de parler du boulot le soir pour préserver l’équilibre familial. »

Anticiper les mutations du secteur

Dans l’entreprise, forte d’une trentaine de collaborateurs, la maîtrise complète de la chaîne de valeur reste une signature : étude, fabrication, pose sont réalisées en interne. Un modèle intégré que les deux sœurs entendent préserver – tout en le faisant évoluer. Car leur regard se projette déjà vers les mutations du secteur. « Le marché du neuf ralentit, observe Lucille. Il nous faut anticiper, et cette anticipation passe d’abord par l’outil industriel. On a un parc machines exceptionnel… mais encore sous-exploité. Certaines restent à l’arrêt longtemps entre deux chantiers. L’idée, c’est de développer une activité d’atelier pour des clients extérieurs. » Certaines technologies suscitent déjà l’intérêt. « Notre machine de découpe jet d’eau, par exemple, attire des demandes qu’on n’imaginait pas. On se rend compte qu’on peut devenir un atelier de référence sur certains besoins. » Autre levier : la préfabrication. « On fabrique de plus en plus en atelier – des panneaux isolés, prêts à poser. Sur chantier, c’est plus rapide, plus propre, plus qualitatif. Et ça répond aux contraintes foncières qu’on a dans la région. » Marjorie complète la vision stratégique par l’angle marché :« On investit aussi pour la rénovation, les extensions et les surélévations de bâtiments. L’entreprise a investi dans une profileuse pour créer des structures en ossatures légères, pour répondre, selon nous, à un nouveau marché en pleine expansion. L’objectif étant de limiter le poids des structures ». Une manière de conjuguer innovation technique et adaptation réglementaire.

Au-delà du genre

Côté management, leur binôme constitue aussi un atout humain. « Être deux dirigeantes change la relation aux équipes, estime Marjorie. Les collaborateurs trouvent toujours une oreille disponible. On offre plusieurs sensibilités, plusieurs approches. Ça crée un climat plus accessible. » Sur la question du féminin dans l’industrie, leur position reste mesurée, loin des postures militantes. « Je n’ai jamais ressenti de frein lié au fait d’être une femme, affirme Lucille. Dans mes études comme sur les chantiers, j’étais minoritaire, oui, mais intégrée naturellement. » Marjorie, elle, préfère nuancer : « Les femmes apportent souvent rigueur et organisation. Mais l’enjeu dépasse le genre. Le véritable combat concerne l’attractivité des métiers techniques. On manque de main-d’œuvre qualifiée. Alors qu’il y a de vraies carrières à construire. » L’entreprise accueille d’ailleurs régulièrement des apprentis. Entre héritage familial, mutations industrielles et engagement humain, les deux sœurs avancent avec méthode. « Ce qu’on regarde d’abord, c’est l’attitude : ponctualité, motivation, curiosité. Les compétences, ça se forme. Le but vise à faire prospérer l’entreprise, sans la dénaturer, rappelle Marjorie. La transmission ne doit pas être une rupture. Elle doit être une continuité qui prépare l’avenir. »

Bouchet Construction Métallique

Implantée à Pringy (Haute-Savoie), Bouchet Construction Métallique est une entreprise familiale créée en 1996 par Didier et Christophe Bouchet. Héritière d’un savoir-faire transmis depuis six générations, l’entreprise puise ses origines dans l’activité de forge et de maréchalerie. En 1964, leur grand-père, Jean Bouchet, reprend l’activité familiale et l’oriente vers la ferronnerie d’art et la serrurerie, contribuant notamment à la rénovation du portail du parc de la Tête-d’Or.

Forte de cet héritage, Bouchet Construction Métallique s’est développée autour d’un positionnement clair : la réalisation complète de projets métalliques, de la conception à la pose, en passant par la fabrication. L’entreprise intervient sur des opérations intégrant charpente métallique, bardage, couverture, serrurerie et étanchéité, avec une approche clé en main.

Composée d’une trentaine de collaborateurs, la société dispose de 4 314 m² d’ateliers répartis sur deux niveaux, intégrant une chaîne de fabrication de 100 m dédiée à la charpente métallique, permettant de transformer la matière première en produit fini peint, prêt à poser. Des pôles machines spécifiques sont également dédiés au bardage, à la serrurerie et à la chaudronnerie. Les infrastructures comprennent par ailleurs 644 m² de bureaux, dont 133 m² consacrés au bureau d’études interne, garantissant maîtrise technique et réactivité dès la phase de conception.

Bouchet Construction Métallique intervient sur une large typologie d’ouvrages : bâtiments industriels, commerciaux et agricoles, garages poids lourds, supermarchés, plateformes logistiques, immeubles de bureaux, gares de remontées mécaniques, équipements sportifs (piscines, gymnases, vestiaires), établissements scolaires, ombrières, logements collectifs et maisons à ossature métallique, ainsi que des ouvrages spécifiques tels qu’escaliers, passerelles, barrières, mobilier ou caves d’affinage.

L’entreprise est certifiée ISO 9001 et ISO 14001, habilitée EN 1090 (EXC1, EXC2, EXC3) et détient quatre qualifications Qualibat, attestant de son exigence en matière de qualité, de sécurité et de performance environnementale.