Édito
Un champ des possibles et
des ressources réimaginés
Le Prix Eiffel d’architecture de ConstruirAcier interroge l’exploration avec le matériau acier dans un monde confronté à l’urgence écologique.
Les projets lauréats révèlent les ressources de l’acier, composent avec le patrimoine architectural ou industriel, puisent dans les ressources de proximité, ou intègrent la nature et le vivant… Ensemble, ils témoignent d’une architecture où l’acier, avec sa force, sa légèreté et sa circularité, n’est plus une évidence, mais un choix argumenté.
Au-delà des thématiques classiques du prix, plusieurs catégories s’organisent.
Certains projets s’attaquent à l’existant, à la transformation d’espaces et d’usages, pour composer intelligemment avec ce qui est déjà là :
Le Campus augmenté de l’Université Paris Dauphine conjugue réhabilitation patrimoniale et extension légère en acier pour une transformation rapide, réversible et sobre.
À Bordeaux, le 56 Tivoli greffe une ossature métallique sur le béton existant pour convertir des bureaux des années 1980 en logements adaptables.
À Saint-Ouen, La Communale transforme l’ancienne halle Alstom en place publique, faisant de la structure métallique centenaire à la fois un héritage et une ressource.
D’autres projets sont imaginés autour de la mobilité urbaine et de sa complexité, des lieux de déplacement et des équipements qui les accompagnent :
La gare Villejuif – Gustave-Roussy du Grand Paris Express se déploie autour d’un puits coiffé d’une couverture légère précontrainte, inspirée d’une roue de vélo : l’acier réduit l’empreinte du chantier et favorise ventilation et lumière naturelles.
À Lyon Part-Dieu, la place basse Béraudier associe auvent et rampe hélicoïdale en acier pour rendre le pôle de mobilité sûr, lisible et écoresponsable.
À la gare du Nord, la halle à vélos solaire combine acier galvanisé, bois, photovoltaïque et vitrages réemployés dans une architecture post-carbone.
Les passerelles et les franchissements restent une catégorie sublime où s’accordent le travail de l’architecte et le savoir-faire de l’ingénieur :
Les passerelles rénovées de Corbeil-Essonnes célèbrent la réparabilité et la sobriété de l’acier entre restaurations et réinvention à partir de profilés standards.
Au port de Vannes, la passerelle mobile de la Marle réactive une ancienne écluse pour les mobilités douces.
À Morez, la passerelle du Petit Quai accompagne la renaturation de la Bienne.
Toujours le long de la Bienne, la passerelle sonore Eauricule marie acier, inox poli miroir et laiton pour façonner un instrument paysager et acoustique, s’appuyant sur une structure ajourée et une confection locale.
Enfin, C=2πr=πø (Quai Lamy) associe geste cinétique et fabrication locale à 30 kilomètres, réduisant l’empreinte carbone globale tout en valorisant le savoir-faire industriel.
Enfin, deux projets mettent en valeur la légèreté et la frugalité de l’acier :
Le complexe sportif des Amandiers à Paris réinvente l’archétype du hangar avec une charpente légère en acier pour un équipement public sobre et ouvert.
À Besançon, le jardin botanique Biome superpose socle minéral et structure vitrée en acier, frugale et démontable, avec 80 % de composants réemployables …
En cette ère de polycrise, l’architecture opère à plusieurs niveaux : ceux de la régénération, de la continuité de vie et de l’inventivité face à des défis communs dans différents contextes. Elle invente des pistes nouvelles, ressuscite des ressources oubliées et œuvre à déplacer le champ des possibles.
L’architecte et l’ingénieur associés endossent d’autres rôles essentiels pour l’avenir. Chercheurs, ils proposent et testent de nouvelles hypothèses. Traducteurs entre disciplines et cultures, ils cherchent à créer des liens entre des éléments a priori étrangers. Ensemble, ils rendent possibles des projets qui contribuent à « réparer » tout en adoptant une vision élargie, à l’échelle du territoire et dans le temps long.
Dominique Cécile Jakob
Jakob+MacFarlane

