RESTRUCTURATION D’ENVERGURE DE LA BNF RICHELIEU À PARIS

Savante alchimie entre ancien et contemporain

Inauguré en septembre 2022, le Quadrilatère Richelieu, un ensemble patrimonial d’exception, devenu disparate, refermé sur lui-même et vétuste, a fait l’objet d’un projet complexe de restructuration dirigé avec talent et ténacité quinze ans durant, dont douze de travaux, par les architectes Bruno Gaudin et Virginie Brégal.

Le nouvel escalier d’honneur suspendu, dessiné par Bruno Gaudin et Virginie Brégal Architectes, comporte une ossature d’acier revêtue d’un habit d’aluminium verni. Photo : Takuji Shimmura

UNE AVENTURE HORS NORME

La Bibliothèque nationale de France, ou BNF Richelieu, de renommée internationale, qui fête son tricentenaire cette année, a connu de multiples remaniements et agrandissements au cours de son histoire. En 1649, Mazarin achète l’hôtel Tubeuf, situé rue des Petits-Champs, afin d’y abriter ses collections. En 1720, la bibliothèque royale s’installe dans l’hôtel de Nevers, puis l’architecte Henri Labrouste intervient au 18e siècle pour rationaliser le site et détruire certaines parties de bâtiments et en ériger d’autres, telle la fameuse salle de lecture portant son nom. Son successeur, Jean-Louis Pascal, crée la prestigieuse salle Ovale et le département des Monnaies, médailles et antiques dans un autre immeuble situé rue Vivienne. Dans les années 1930-50, Michel Roux-Spitz transforme à son tour le Quadrilatère, en supprimant une partie de l’aile Mazarin et en ajoutant un département des Cartes et des plans. En 1995, la BN devient la BNF, tandis que le nouveau site François-Mitterrand est bâti sur la rive gauche de la Seine à Paris par Dominique Perrault. En 2007, l’atelier Bruno Gaudin et Virginie Brégal Architectes reprend le flambeau et gère les travaux de rénovation au long cours de la BNF Richelieu qui se déroulent en deux phases, 2016 et 2022. L’édifice, de 90 m par 180, est scindé en deux zones de chantier : le site Richelieu traité en premier, celui de Vivienne en second.

Ouverte au public, la nouvelle entrée de la BNF de la rue Vivienne s’affiche en façade avec trois hautes portes donnant sur un jardin créé. Photo : Bruno Gaudin et Virginie Brégal Architectes
Ouvrant sur jardin, le nouveau hall d’accueil Vivienne, plus ample et lumineux, intègre un escalier métallique unique en forme d’hélice. Photo : Takuji Shimmura
La structure en fonte de la salle Labrouste restaurée (1868) compte seize fines colonnes de 10 m de hauteur. Photo : Takuji Shimmura

ESCALIER D’HONNEUR TOUT EN MÉTAL

Cohérence globale oblige, les objectifs du projet architectural portent sur une ouverture élargie au public, le site n’étant plus réservé aux chercheurs, et sur une réorganisation des espaces, avec une pénétration de la lumière naturelle tous azimuts. Des circulations horizontales et verticales fluidifiées sont créées ainsi qu’un musée et une nouvelle entrée sur le jardin Vivienne, l’autre accès rue Richelieu étant dévolu aux groupes. L’ensemble a fait également l’objet d’une remise aux normes et en sécurité intégrale. Désormais, ce lieu unique réunit sur un même site la BNF et les bibliothèques de l’École nationale des chartes (ENC), fondée en 1821 et dédiée à l’histoire et au patrimoine, et de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), voué à la promotion de la recherche scientifique en histoire de l’art. Ce site est réservé aux départements des Manuscrits, des Estampes et photographies, des Monnaies, médailles et antiques, des Arts du spectacle, de la Musique et des Cartes et plans. Le métal, acier ou aluminium, est privilégié pour sa capacité à réaliser toutes sortes d’escaliers, de garde-corps, de passerelles, d’ossatures de verrières… Dans le grand hall traversant lumineux créé et assorti d’une aire d’accueil, d’une librairie et d’un café, trône un escalier d’honneur plus compact et baigné de lumière. Dessiné par les architectes, il remplace l’existant en pierre, de 25 m de longueur, et fait le lien avec la salle Ovale. « Cette grande hélice suspendue et insérée dans le volume de pierre à triple arcature conservé s’élance dans le vide, précisent ses créateurs. Son squelette d’acier, en porte-à-faux de 8 m, est vêtu d’un habit d’aluminium. »

Coupe verticale sur le nouveau hall d’accueil. Doc. : Bruno Gaudin et Virginie Brégal Architectes
Plans rez-de-chaussée et premier étage. Doc. : Bruno Gaudin et Virginie Brégal Architectes
Restaurée de fond en comble, la verrière en charpente acier d’origine coiffe la salle Ovale. Photo : Takuji Shimmura
Les rayonnages en acier des magasins neufs du 6e étage reposent sur un plancher en caillebotis qui tamise la lumière. Photo : Takuji Shimmura
Le magasin Colbert (19e siècle) a été rénové avec des passerelles et planchers en caillebotis plus transparents. Photo : Takuji Shimmura
La salle Ovale réaménagée devient une salle de lecture en accès libre et un parcours de médiation. Photo : Takuji Shimmura
Photo : Takuji Shimmura
Photo : Takuji Shimmura
Les escaliers en acier et caillebotis d’aluminium mis en œuvre forment des puits de lumière. Photo : Takuji Shimmura

TISSAGE ENTRE ARCHITECTURE, TECHNIQUE ET HISTOIRE

La structure porteuse en fonte de la salle Labrouste classée (1868), comportant seize fines colonnes de 10 m de hauteur, a été restaurée par l’ACMH Jean-François Lagneau, ainsi que le reste du volume. Elle ouvre sur le magasin central édifié par Henri Labrouste (1857-1868) et agrandi par Michel Roux-Spitz (1932-1955). Cette partie, la plus grande du site, non classée et invisible du public, a été curée et transformée en salle de lecture et en magasin accessible par l’INHA par l’atelier Bruno Gaudin et Virginie Brégal Architectes : création de planchers coupe-feu, d’un éclairage à Led, d’une ventilation…
Sa structure en fer d’origine, autoportante, soutenant des rayonnages en bois et des planchers en caillebotis de fonte, a été rénovée par l’apposition de caillebotis en aluminium ajourés créant des transparences, les poteaux en acier de Michel Roux-Spitz ayant été mis à nu. L’intervention des architectes de l’atelier Bruno Gaudin et Virginie Brégal s’apparente selon eux-mêmes à « un tissage entre architecture, technique et histoire ». Quant à la salle Ovale (1936), pièce majeure du site inscrite MH, « elle devient à la fois une salle de lecture en accès libre et un parcours de médiation à la découverte des collections ». Si ses décors ont été nettoyés par Jean-François Lagneau, ACMH, elle a été réaménagée par Bruno Gaudin et Virginie Brégal Architectes et comprend notamment la mise en place d’un déambulatoire autour du volume et de lustres courbes parés d’inox recuit brillant.
La verrière a été restaurée elle aussi, à l’aide d’un verre plus transparent, alors que les portes placées aux quatre points cardinaux ont été remplacées par des portes vitrées, sources de transparence.

L’atelier de restauration de livres se love sous des sheds en acier créés pour mieux l’éclairer. Photo : Takuji Shimmura
  • Maîtres d’ouvrage : ministère de la Culture, ministère de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur
  • Maître d’ouvrage délégué : Oppic
  • Architectes : Bruno Gaudin et Virginie Brégal Architectes, Jean-François Lagneau (ACMH), Michel Trubert (ACMH)
  • Concepteur lumière : 8’18’’