RÉNOVATION DES ATELIERS DE L’ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE D’ARCHITECTURE DE VERSAILLES
Inventivité et sobriété à l’honneur !
La Petite Écurie du Roi, qui fait partie du château de Versailles et abrite l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles, a fait l’objet en 2024 de la rénovation de ses ateliers de travail, menée par l’agence parisienne Minuit Architectes. Leur intervention subtile crée un équilibre entre le respect de ce lieu patrimonial unique et une expression architecturale contemporaine dédiée, doublée d’une approche environnementale adaptée.

UN ÉCRIN HISTORIQUE DE PRESTIGE
Située à proximité du château de Versailles, l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles (ENSA-V) – qui accueille chaque année 1 200 étudiants – s’est installée en 1969 au sein de la Petite Écurie du Roi (classée au titre des Monuments historiques depuis 1929). L’ENSA-V a été rénovée en 2005 par les architectes Aldric Beckmann, Françoise N’Thépé et Franck Vialet, avec une première phase d’aménagement réalisée en 2007 par l’architecte Jacques Moussafir. Déployées de part et d’autre de la cour d’honneur, les ailes de Sceaux et de Paris abritent quant à elles l’Établissement public de Versailles (EPV) et le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF). Au xviie siècle, Petite Écurie formait, avec la Grande Écurie, les Écuries royales de l’École de Versailles. De tailles identiques et symétriques, elles furent bâties entre 1679 et 1682, par Jules Hardouin-Mansart, premier architecte du roi, Louis XIV. Si la Grande Écurie accueillait les montures du roi, de la famille royale et celles de la noblesse, la Petite Écurie logeait les carrosses de la cour, les chevaux d’attelage et les montures plus « ordinaires ». Centre équestre d’excellence, on estime qu’à la fin du xviiie siècle, un peu plus de 2 000 chevaux résidaient dans les écuries de Versailles.
L’activité équestre s’est perpétuée à l’ENSA-V jusqu’au xxe siècle, avant que le ministère de la guerre y soit affecté, jusqu’en 1960.
Au regard de l’évolution de l’enseignement, la rénovation d’une partie de l’école, inscrite dans la Petite Écurie du Roi et portant sur ses ateliers de travail, s’est imposée.


RECONFIGURATION DES ATELIERS
Ces ateliers sont destinés à l’ensemble des étudiants de l’école pour leur permettre d’y travailler et expérimenter leurs projets. « Le site, partiellement occupé et classé, nécessitait une intervention rapide, ce qui a orienté la conception vers une approche synthétique », constatent les architectes de l’agence Minuit Architectes. Le projet architectural a été élaboré pour, d’une part, préserver la mémoire de ce site exceptionnel – les matériaux datent de plus de trois siècles –, et d’autre part, répondre aux attentes pédagogiques évolutives liées à une école nouvelle génération tout en prenant en compte une démarche environnementale essentielle. La réhabilitation de ces ateliers a consisté à les nettoyer en profondeur, en réalisant un « cataplasme » sur les murs de pierres et de la peinture à la chaux sur certains, en repeignant les plafonds et en hydrogommant les sols (un procédé de décapage par microabrasion et pulvérisation d’eau des surfaces). « Le projet de rénovation clair et simple de la coque historique porte sur une surface de 1 500 m², composée de trois grands ateliers aux géométries distinctes, précisent les architectes. La rénovation tire parti des particularités de chaque espace, afin d’offrir une diversité des modes de travail et d’apprentissage (travail en groupe, individuel, sur ordinateur, maquettes, etc.), tout en favorisant les échanges entre les étudiants. » Ils ont ainsi reconfiguré chaque atelier, en revisitant leurs géométries propres, afin d’optimiser les différentes possibilités d’usage.

RÉSEAUX ACCESSIBLES EN COMPOSANTS ACIER
Si deux des espaces, de configuration particulière et plus introspective, sont conçus pour favoriser le travail solitaire et le montage de maquettes, le troisième, de forme plus ouverte et simple, offre de nombreuses possibilités de configurations, grâce à la mise en place de tables mobiles et de réseaux suspendus, aptes à réaliser à la demande des expositions, des présentations collectives de projets… Cette conception architecturale cohérente permet de structurer l’espace, selon les désidératas des usagers, qui peuvent laisser libre cours à leur imagination et s’adapter aux divers types d’enseignements et matières pratiqués. « Pour répondre aux multiples enjeux, le projet d’aménagement a consisté à réorganiser l’ensemble des réseaux, en y intégrant luminaires et mobiliers, aussi bien fixes que mobiles », indiquent les concepteurs. Le mobilier a été conçu sur mesure et fabriqué à partir d’éléments standardisés, et transformés à minima, en vue de pouvoir libérer et dégager les espaces, souvent encombrés, lors notamment des périodes de rendus des projets. « Les systèmes de fixation à l’existant sont pensés dans une démarche de respect de ce lieu préservé, tout en rendant les espaces plus fonctionnels », ajoutent les architectes.


DÉMARCHE VERTUEUSE INSUFFLÉE
Les divers réseaux électriques, informatiques et d’éclairage rénovés ont été posés de manière accessible, à travers des structures suspendues ou encastrées. Ainsi, des tubes d’acier ronds sont suspendus aux poutres existantes par des feuillards, en évitant de les percer. Sur ces tubes reposent des chemins de câbles alimentant le volume en électricité, via des enrouleurs. De plus, des ensembles sur mesure, associant des panneaux acoustiques à des luminaires, sont également suspendus à ces tubes. Ces dispositifs légers assurent un rendu esthétique épuré, en apportant aux étudiants de la flexibilité dans leurs usages. La prédominance de matériaux bruts, comme l’acier galvanisé, le plastique recyclé et le bois, est un choix esthétique et fonctionnel délibéré de la part des concepteurs pour faire écho à ce site ancien dominé par la pierre de taille. Sachant que les mezzanines en acier laqué noir présentes dans les espaces, et datant de la précédente intervention, « ont été repeintes en gris clair pour être moins présentes visuellement ». Ce lien entre le passé et le présent, qui s’appuie sur une recherche d’économie et de durabilité, est assorti d’une prise en compte des enjeux climatiques, où les interventions minimalistes réduisent l’impact écologique du projet. Cette réflexion environnementale s’accompagne d’une volonté de sobriété énergétique et d’optimisation de la matière utilisée, où le mobilier est pensé pour résister de façon pérenne et répondre à un usage intensif.

- Maîtrise d’ouvrage : École nationale supérieure d’architecture de Versailles (ENSA-V)
- Architecte : agence Minuit Architectes
- Entreprise métal et menuiserie : Groebli
- Entreprise rénovation enveloppe : Ouaret Bâtiment
- Photos : Séverin Malaud ; agence Minuit Architectes