LA RÉHABILITATION AVEC L’ACIER

GAGE DE CRÉATIVITÉ, FLEXIBILITÉ ET BONIFICATION DU BÂTI EXISTANT

Pour faire face aux enjeux cruciaux du changement climatique et à l’obligation d’opérer une transition énergétique, la réhabilitation des bâtiments est devenue un réel impératif. Durable et recyclable, le matériau acier est particulièrement capable de relever ce défi, grâce à ses ossatures légères faciles à mettre en œuvre dans tous types de projets, élaborés par des architectes et ingénieurs très impliqués et toujours prêts à créer des solutions techniques et constructives adaptées.

Carreau du Temple, Paris 3è, (1863), Studio Milou, architectes, 2014 (réhabilitation). Devenue un lieu culturel, cette ancienne halle est coiffée d’une verrière isole et couverte de cellules photovoltaïques, les menuiseries en acier et verres de ses façades ayant été refaites. Photo : Fernando Javier Urquijo

L’extension galopante des espaces urbanisés provient du développement incessant de l’habitat individuel et des infrastructures de transport. La question de l’artificialisation des sols est devenue une autre cause essentielle de politique publique, en rapport avec la perte inéluctable de biodiversité liée au changement climatique et à ses aléas. Et force est de constater que le parc immobilier patrimonial apparaît largement sous-utilisé, puisqu’aujourd’hui 3,1 millions de logements vacants sont recensés en France, en majorité dans les centres-villes. Tout le secteur du bâtiment doit donc s’engager, dès maintenant et dans les années à venir, dans la voie de la réhabilitation tous azimuts des édifices existants afin de les transformer, les adapter et les bonifier pour en faire profiter le plus grand nombre. Cet enjeu vital passe par des solutions techniques multiples et créatives que doivent développer les architectes, ingénieurs et entreprises concernés. Si la construction métallique y tient une place de premier choix pour sa capacité à mettre en œuvre des processus structurels et industriels, flexibles et évolutifs, appropriés à chaque ouvrage traité, les acteurs de la filière acier-construction sont aussi engagés dans la voie du développement durable.

ENVELOPPES MIEUX ISOLÉES ET PLUS DURABLES

La priorité en période de crise du logement, comme celle en cours, consiste à améliorer les enveloppes des édifices, en isolant thermiquement et phoniquement les façades. L’immense parc de logements sociaux, de type grands ensembles, en forme de barres et de tours, construits au cours des années 1950 et 1970, doit être rénové. Ces immeubles sont devenus des passoires thermiques qu’il s’agit de traiter pour augmenter leurs performances énergétiques et améliorer leurs enveloppes ainsi que les équipements de génie climatique. Une des solutions techniques appropriée porte sur l’isolation thermique par l’extérieur (ITE) qui consiste à ajouter une seconde peau aux édifices, au moyen d’un isolant protégé et d’une vêture. Cette dernière étant réalisée en divers matériaux, enduit projeté, panneaux composites…, le métal demeurant une réponse durable, qualitative et facile à mettre en œuvre. Ainsi, les dix-huit « tours Nuages » d’habitat emblématiques (de 9 à 38 étages) ont été réalisées par l’architecte Émile Aillaud, de 1973 à 1981, dans le quartier Pablo Picasso de Nanterre (92).

En forme de trèfle ou de nuage, ces tours, bâties en béton, présentent des façades courbes, parées de mosaïques en pâtes de verre de couleur évoquant des nuages, des arbres et le ciel. L’état dégradé des façades a rendu nécessaire un projet de réhabilitation assuré par l’agence Renaud Vignaud & Associés (RVA), dont l’intervention radicale consiste à apposer une vêture en inox sur les façades pour épouser la géométrie complexe des immeubles. Le métal étant le matériau idéal pour restituer au plus près les courbes des tours, l’inox teinté dans la masse sera posé en plaques qui miroiteront selon la météo. La tour pilote 15 a été l’objet d’essais et de prototypes, les travaux devant débuter en janvier 2024 pour une durée de 15 mois, une Atex ayant été délivrée par le CSTB. L’inox est également un gage de pérennité pour l’enveloppe.

Tours Nuages », Nanterre (1981), Émile Aillaud, architecte, agence Renaud Vignaud & Associés / RVA, 2024… (réhabilitation). Les façades courbes de ces tours d’habitation seront revêtues d’une vêture en plaques d’inox teinté dans la masse, épousant leur géométrie complexe. Photo: RVA

PÉRENNISER ET VALORISER L’HABITAT SOCIAL 

La rénovation énergétique est un des leviers majeurs visant à atteindre des objectifs de neutralité carbone afin de répondre à un triple enjeu : lutter contre le changement climatique, favoriser la reprise économique et faire reculer la précarité énergétique. Face aux 4,8 millions de passoires thermiques dénombrées en France, cette démarche, devenue incontournable pour les bâtiments d’habitat, s’accompagne d’une recherche architecturale pointue qui se rapporte au traitement technique et esthétique des façades, en vue de leur amélioration. Ce genre d’opération s’avère complexe, en raison notamment de l’obligation de contenir les coûts induits et maintenir les usagers dans leurs logements durant les travaux. D’où des interventions de type plugin, avec la greffe, sur les façades en place, d’une structure extérieure qui n’a pas d’impact sur les surfaces d’appartements, tout en améliorant leur isolation et en baissant les consommations d’énergie. L’opération exemplaire de transformation de logements sociaux de la cité du Grand Parc à Bordeaux (33), en site occupé, conçue par les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal en 2016, a reçu en 2019 le prix de l’Union européenne pour l’architecture contemporaine Mies van der Rohe. Datant des années 1960, les trois barres de 530 logements (de 10 et 15 niveaux) ont fait l’objet d’extensions subtiles en façade, sous la forme de balcons filants et de jardins d’hiver généreux qui agrandissent et valorisent durablement les espaces de vie, en leur offrant un afflux notoire de lumière naturelle. La performance énergétique des édifices a été améliorée au-delà du label BBC Rénovation. Pour les architectes, « l’économie du projet s’appuie sur ce choix de conserver au maximum le bâtiment existant, sans y effectuer de travaux lourds portant sur la structure, les escaliers, les planchers. » Une structure en profils d’acier a été greffée en façade sud des immeubles, les espaces appropriables étant clos par des volets coulissants en polycarbonate. La preuve qu’il est possible de métamorphoser, de manière économe et ludique, une barre d’habitat vieillissante : une vraie alternative aux opérations de démolition-reconstruction menées jusqu’alors.

 

REMISE À NEUF D’UNE USINE HISTORIQUE

Un autre cas de figure plus historique, avec l’ancienne usine textile Teytu érigée en 1870 à Vienne (38) et transformée en 1983, par l’architecte Paul Chemetov, en une opération de 24 logements sociaux, complétée par la construction de la résidence Saint-Martin II de 82 appartements. Cet ensemble de 106 logements a fait l’objet, en 2021, d’importants travaux de réhabilitation, menés en site occupé par l’atelier d’architecture Paris & Associés pour le compte du bailleur social Advivo, afin d’améliorer le confort des habitations et le cadre de vie des locataires. Les façades à menuiseries métalliques des bâtiments ayant été restaurées et isolées avec des vitrages performants, les étanchéités des toits refaites, la sécurité électrique des logements remise aux normes…Cette opération contrainte a permis de réduire drastiquement la consommation énergétique des appartements, celle-ci s’élevant à 74 kWhep/m².an, ce qui la rend plus économe et moins énergivore.

Usine textile Teytu, Vienne (1870), Paul Chemetov, architecte, 1983 (reconversion), atelier d’architecture Paris & Associés, 2021 (réhabilitation). L’ancienne usine, abritant 24 logements sociaux, a été de nouveau réhabilitée et remise aux normes en vigueur, les façades à menuiseries de métal ayant été restaurées et isolées. Photo : Pierre-Aymeric Dillies

INTERVENTIONS COMPLEXES POUR IMMEUBLES ATYPIQUES

L’isolation thermique et acoustique des enveloppes concerne d’autres types de bâtiments plus ou moins anciens, d’échelles et usages variés qui, lors de réhabilitations, bénéficient de façades plus performantes. Pour un immeuble de ville, glissé entre deux mitoyens, sa façade peut être réhabilitée, voire remplacée par une autre mieux isolée et d’expression contemporaine, comme pour les anciens locaux de l’École du barreau à Paris 12è, reconvertis en un Institut de l’audition, en 2019, par l’agence VIB architecture. Sur rue, sa façade recréée, organique et sur-isolée, comprend un nid d’abeille géant assemblant des cadres polygonaux -en tôle pliée et soudée d’inox et de verres feuilletés en forme d’alvéoles- mises en relief par un jeu d’épaisseurs surprenant. Seul l’acier est capable d’une telle prouesse technique opérée dans un milieu urbain contraint. Quant à la Fondation Avicenne, ancienne Maison de l’Iran, située dans la Cité internationale de Paris 14è, elle a été réalisée en 1969 par l’architecte Claude Parent. Vétuste, cet édifice iconique –classé MH en 2008- a été restructuré en profondeur par les architectes Gilles Béguin et Jean-André Macchini, puis livré en 2023, après 15 ans d’études et de travaux. Le bâtiment de 9 étages abrite 111 chambres individuelles, soit quinze de plus. La particularité de cet immeuble tient à son système constructif audacieux qui compte trois portiques en poutres-caissons d’acier de 38 m de haut encastrés en pied, supportant deux blocs de quatre étages de chambres suspendus. Les façades performantes phosées sont sur-isolées, avec des panneaux composites en fibres ciment pareclosés dans des menuiseries métalliques, du même type que celles initiales. Et l’escalier extérieur hélicoïdal atypique, en façade ouest, a été restauré à l’identique. Un vrai travail d’orfèvre pour une restitution fidèle et finement réinterprétée.

Fondation Avicenne, Paris 14è (1969), Claude Parent, architecte, Gilles Béguin et Jean-André Macchini, architectes, 2023 (réhabilitation). La macro structure en acier de cet immeuble suspendu a été réhabilitée ainsi que ses façades dotées de menuiseries métalliques (isolées) maintenant des panneaux composites. Photo : Olivier Wogenscky

REVITALISER ET TRANSFIGURER LE PATRIMOINE FIN DE SIÈCLE

Quant aux nombreux édifices datant du 19è siècle, tels que les halles de marché, les bâtiments industriels, les casernes désaffectées, les anciennes prisons…, ils sont réhabilités et transformés en logements, bureaux, équipements, musées…Les verrières réhabilitées ou ajoutées sur ces édifices anciens offrent une pénétration optimale de lumière zénithale dans les espaces, tout en les isolant, comme le Carreau du Temple à Paris 3è, un ancien marché couvert (1863), classé MH en 1982 et rénové en 2014, par le Studio Milou, pour abriter un lieu culturel polyvalent. Si les menuiseries en métal et les nouveaux vitrages des façades améliorent leur isolation, la grande verrière de la nef -refaite, isolée et couverte de cellules photovoltaïques- génère de l’électricité et transfigure le lieu baigné de lumière. Une démarche assez semblable pour le « CentQuatre-Paris » ou « 104 », à Paris 19è, d’anciennes pompes funèbres municipales (1874) réhabilitées et reconverties en un centre de création artistique, en 2008, par l’atelier Novembre. La charpente métallique de la nef centrale, en fermes Polonceau, restaurée, chapeaute l’espace ouvert au public qui, à l’image d’un passage couvert parisien, permet de traverser le bâtiment, en longeant les ateliers d’artistes placés de part et d’autre. De même pour la gare de Lyon à Paris 12è (1900) qui, lors de sa restructuration en 2011 par l’agence AREP, a été l’occasion de créer deux halles coiffées de verrières cintrées qui agrandissent et éclairent zénithalement les espaces d’attente. Une autre approche pour la gare de Strasbourg (67) qui, datant de 1883, a été réhabilitée en 2008, également par AREP. Sa singularité tient à son immense verrière courbe (120 m de long et 25 m de haut) à fins profilés d’acier qui se greffe sur le mur en pierre, afin d’agrandir, isoler et protéger le hall voyageurs.

Gare de Lyon, Paris 12è, (1900), Agence AREP, architectes, 2011 (réhabilitation). La restructuration de la gare parisienne a été l’occasion de créer deux halles coiffées de verrières cintrées qui agrandissent et éclairent zénithalement les espaces d’attente. Photo : Carol Maillard
Gare de Strasbourg, (1883), Agence AREP, architectes, 2008 (réhabilitation). Sa singularité tient à son immense verrière courbe de 120 m de long qui, munie de fins profilés d’acier, se greffe sur le mur en pierre pour protéger et isoler le hall voyageurs. Photo : Carol Maillard
Le « 104 », Paris 19è, (1874), Atelier Novembre, architectes, 2008 (réhabilitation). La nef centrale du centre de création artistique comprend une charpente métallique en fermes Polonceau qui a été restaurée et améliorée thermiquement et acoustiquement. Photo : DR