PHILIPPE HERBULOT
« La construction métallique est parfaitement adaptée aux enjeux de la décarbonation et du climat »
Directeur du pôle Transition écologique et décarbonation du CTICM, Philippe Herbulot décrypte les leviers de transformation de l’industrie de la construction métallique face à l’urgence climatique.
Réglementation, innovation, nouveaux modèles économiques : la fi lière dispose d’atouts majeurs et structurants pour accélérer sa mutation bas carbone.
Quel est le rôle du CTICM dans la transition environnementale et la décarbonation du secteur ?
Aujourd’hui, le rôle du CTICM s’étend bien au-delà de l’approche scientifique et technique historique.
Nous accompagnons la décarbonation mais aussi l’adaptation au changement climatique, avec une vision stratégique destinée à aider les entreprises à transformer leur modèle industriel et leur offre.
Nous intervenons sur la normalisation et la réglementation (Eurocodes, RE2020, certifications) afin de traduire les exigences environnementales en solutions opérationnelles.
Nous anticipons aussi les cadres européens, comme le futur Règlement sur les produits de construction (RPC) qui imposera un passeport produit intégrant données techniques, environnementales et traçabilité.
La maîtrise de la data deviendra déterminante pour rester compétitif. La recherche et développement (R & D) est un autre levier : optimiser la quantité d’acier, travailler l’hybridation des systèmes, alléger le poids matière et carbone.
Le modèle évolue : vendre moins de matière mais plus de valeur, à l’échelle globale du bâtiment. La production de FDES fi ables et l’accompagnement RSE complètent ce dispositif.
Quelles sont les priorités pour réduire l’empreinte carbone des bâtiments industriels à 5-10 ans ?
La première est de passer d’une logique produit à une logique bâtiment. La structure ne représente que 4 à 15 % du carbone total : l’enjeu devient l’off re globale. Demain, des solutions « clos-couvert » en groupements pourraient émerger, appuyées sur l’écoconception et la conception paramétrique.
La deuxième priorité concerne l’outil industriel : numérique, robotisation, préfabrication hors site. La filière devra aussi coopérer davantage via notamment la mutualisation des moyens, les complémentarités régionales et le réemploi.
Troisième axe : le bâtiment adaptable et réversible.
La construction métallique permet de changer d’usage sans démolition grâce à sa flexibilité. Elle offre aussi un fort potentiel architectural et de réemploi, tout en améliorant les conditions de chantier face aux aléas climatiques.
Comment la filière se situe-t-elle par rapport aux autres matériaux ?
Nous sommes bien positionnés.
L’acier est recyclable à 95 %, ce qui réduit l’extraction et renforce l’indépendance matière. Le modèle peut évoluer vers la vente de services intégrant maintenance et réemploi. La filière doit toutefois progresser sur l’acier bas carbone et l’adaptation des outils sidérurgiques tout en poursuivant ses efforts de transparence environnementale.
Quelles innovations réduisent aujourd’hui les émissions de CO₂ ?
La décarbonation de la production d’acier (électricité décarbonée, hydrogène) est un levier majeur, tout comme les aciers à haute performance. L’hybridation avec le bois ou le biosourcé, la préfabrication robotisée et l’IA pour optimiser la matière sont également déterminantes. Le bâtiment devient ainsi un réservoir de matériaux démontables.
Quelle place pour le numérique et le BIM ?
L’enjeu numérique dépasse le BIM (pour Building Information Modeling) car l’enjeu clé, c’est la donnée, la data. Cet enjeu réside dans la fiabilité et l’interopérabilité de la donnée, indispensable pour la traçabilité, le bilan carbone et le futur passeport produit. Je reste très optimiste : l’industrie de la construction métallique possède tous les atouts pour répondre aux défi s climatiques.

