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Hôtel Casino Lucien Barrière de Lille

A proximité du centre ville, l’Hôtel Casino Lucien Barrière de Lille (Nord-Pas-de-Calais) est implanté à la pointe extrême du projet Euralille 1, en continuité du centre commercial éponyme dessiné par Jean Nouvel en 1994.

Un jeu de volumes coiffé d’acier

Le projet a été réalisé par l’agence parisienne Jean-Paul Viguier SA d’Architecture, avec une livraison prévue pour novembre 2009 pour le casino et janvier 2010 pour l’hôtel. A noter que ce nouveau quartier de 110 hectares a été aménagé par l’architecte-urbaniste néerlandais Rem Koolhaas. 

Perspective aérienne
Perspective de nuit sur la pointe du Casino

Un programme à vocation plurifonctionnelle

Maître d’ouvrage de l’opération, le groupe Lucien Barrière souhaitait offrir un « complexe multiplaisir » aux fonctions diversifiées, mixant casino, hôtel, salle de spectacles et parking. Pour « désacraliser l’aspect jeu du casino », la palette d’activités s’élargit au spectacle et à l’hébergement et crée une interaction entre les espaces. L’ensemble construit repose sur cinq sous-sols affectés au parking (680 places), le premier sous-sol abritant, en plus, une aire de livraison et la zone logistique du personnel. Ouvert sur l’espace public et situé au cœur de l’ouvrage, le hall d’entrée du rez-de-chaussée distribue les diverses fonctions : salles des jeux, réception et bar de l’hôtel, accueil et brasserie du casino, etc. Au premier étage, se déploient d’autres salles de jeux, le parterre de la salle de spectacles de 1 200 places et le restaurant de l’hôtel. Le second étage accueille les salles de réunion de l’hôtel ainsi que la mezzanine, les loges et le foyer de la salle de spectacles. Le troisième étage est occupé par l’administration de l’hôtel et le balcon du théâtre, alors qu’au quatrième, se développent des locaux techniques et des chambres d’hôtel. Ces dernières, au nombre de 142, occupent également les cinq niveaux suivants, la terrasse du dixième étage étant dotée d’équipements techniques (gaines, panneaux solaires, etc.).

En éclaté, le détail du programme
Maquette

Des volumes emboîtés et emballés de verre

« La forme du projet est directement liée à sa situation urbanistique particulière s’inscrivant dans un vaste triangle de 102 x 125 x 168 m. Les fonctions sont articulées entre elles, en les contenant dans une forme globale», explique l’architecte chargé de l’opération Bertrand Beaussillon, du cabinet Jean-Paul Viguier. Aussi, le parti architectural décompose les volumes en trois grandes parties renfermant casino, salle de spectacles et hôtel. La difficulté majeure du projet repose sur la configuration de l’édifice, contrainte par des hauteurs données, soit 39 m maximum. « L’utilisation de l’acier s’est révélée essentielle, pour optimiser au maximum ces hauteurs», ajoute l’architecte. La charpente métallique a en effet permis de couvrir l’ensemble des toitures, en gérant des formes complexes dans un gabarit imposé. Côté façades, le verre enveloppe le bâtiment, lui conférant une grande transparence, accusée par le porte-à-faux de 15 m installé sur la pointe sud-est. La double façade est constituée d’une coursive technique recevant une peau de verre extérieure, traitée en verre clair et verre émaillé blanc. Les menuiseries sont en aluminium thermolaqué blanc (parties courantes) et noir (zones publiques des deux niveaux bas). Véritable cinquième façade, la toiture couverte de bacs acier est surmontée d’une ossature secondaire supportant des panneaux verriers.

L’ouvrage triangulaire et ses neuf niveaux
Le volume des deux niveaux bas loge le casino

Une charpente en acier sophistiquée

Couvrant les toits des trois entités (salle de spectacles, casino et hôtel), la charpente métallique de conception complexe a été modélisée en 3 D. Elle s’adapte bien à des géométries variées, basées sur des triangles et des trapèzes. Découpée en cinq zones de mise en œuvre, la charpente s’appuie sur des poteaux et/ou des voiles en béton.

La salle de spectacles

La salle de spectacles s’élève sur les trois niveaux inférieurs et occupe la partie la plus épaisse du triangle. Elle se compose de deux ossatures en acier distinctes, supportant les gradins et la toiture. La structure métallique des gradins est formée d’une double ossature. D’une part, l’ossature primaire comprend six crémaillères en PRS (profilés reconstitués soudés) réparties symétriquement par rapport à un axe médian. Reposant sur des voiles et poteaux ronds en béton, ces PRS sont constitués d’une partie horizontale et d’une autre en pente servant de support à l’accroche des gradins. D’autre part, l’ossature secondaire assemble des poutres et solives reposant, ou sur les murs en béton, ou bien sur les crémaillères et chevêtres permettant le passage des fluides. En plus des murs béton, la stabilité de l’ensemble est garantie par une poutre au vent positionnée dans l’épaisseur des PRS et arrimée sur les voiles béton latéraux. Pour ne pas gêner la visibilité des gradins bas, ces poteaux béton sont mis en retrait, générant d’importants porte-à-faux en structure métallique, d’une envergure maximale de 6,20 m. La partie horizontale de l’ossature accueillera un plancher collaborant (12 cm), tandis que la partie inclinée soutiendra des gradins en béton : la liaison entre ces derniers et l’ossature étant assurée par des goujons soudés. Un platelage en bois équipera l’extrémité des crémaillères, par souci d’allègement et de finesse. Concernant l’ossature de la toiture, elle comporte quatre fermes treillis de 32,40 m de portée et de 0,40 m à 6,34 m de hauteur. Espacées de 8,10 m, elles prennent appui, de part et d’autre, sur des voiles béton, formant un toit à deux pentes (17,9%). Leurs membrures sont constituées de HEA ou HEB 450, et leurs diagonales de double UPN. En bas de pente, les fermes se terminent par des PRS pourvus de réservations (réseaux). Le gabarit de transport étant limité, ces fermes préfabriquées ont été livrées démontées, puis assemblées in situ, à l’aide de systèmes d’attaches par platines ou couvre-joints. Les pannes sont fixées à l’intérieur des membrures supérieures des poutres treillis, par boulonnage (goussets). Dessus, sera apposé un plancher collaborant muni d’une dalle acoustique (18 cm) supportant la sur-toiture en verre émaillé blanc.

L’insertion des réseaux dans et entre les poutres treillis de la salle de spectacles
La double ossature complexe de support des gradins et de la toiture
L’ancrage dans le voile béton d’une poutre treillis
Quatre poutres treillis de 32,40 m de portée équipent le toit

Le casino

Le casino en forme de triangle est dominé par une méga poutre treillis de 54 m de long qui épouse l’arête principale. Elle s’appuie sur deux voiles béton en extrémité et sur deux poteaux intermédiaires. Ses montants verticaux sont renforcés par des double UPN permettant la reprise de l’ossature secondaire supportant une façade vitrée. Composée de poutres et de pannes, la structure de la toiture est sujette à un nivellement subtil. Variant de 5 à 17 m de portée, les poutres sont fixées en leur point haut sur la membrure supérieure de la méga poutre, et en leur point bas sur un mur béton. Leur section s’adaptant à leur longueur, ce sont ou des PRS de 630 mm de hauteur, ou bien des profilés du commerce. Les pannes sont attachées dans l’épaisseur des poutres, à des niveaux différents et tous les 2,74 m: cet écartement étant lié à l’implantation de la sur-toiture en verre. Pour assurer la stabilité de l’ensemble, une poutre au vent vient se fermer sur les divers voiles béton. Ce réseau de pannes accueille un complexe multicouche (plateau, isolant et étanchéité). A noter que tous les éléments de structure sont floqués pour garantir une stabilité au feu de 1H30. Quant à la toiture surbaissée longeant le boulevard, elle comporte des poutres PRS et des pannes, formant une toiture à une seule pente (17,9%). Les PRS reposent, en point haut, ou sur une membrure inférieure de la méga poutre treillis, ou sur un voile béton, alors qu’en point bas, ils s’appuient sur des poteaux béton. Les pannes sont fixées dans l’épaisseur des poutres, tous les 2,70 m, pour se calquer sur la trame des vitrages de la sur-toiture.

La méga poutre treillis de 54 m de portée suit l’arête principale du casino
La méga poutre permet un décalage de niveau entre les deux toits du casino
Le toit triangulaire recevra une peau en panneaux de verre

Les défis inhérents à l’acier

Le choix de structures en acier a permis de pouvoir préfabriquer l’ensemble des composants dans l’atelier de l’entreprise Renaudat établi à Châteauroux. Face aux contraintes propres à ce chantier, liées à l’exiguïté du terrain et aux difficultés d’accessibilité, l’acier a permis d’alléger le poids des ossatures, d’en réduire leur emprise et de les rendre transportables aisément par convois routiers. A l’image d’un meccano, les divers assemblages des pièces sont été réalisés in situ, de manière méthodique et progressive, grâce à l’emploi de petites grues maniables. Concernant le délai d’exécution, le montage des 300 tonnes d'acier de la charpente s’est avéré performant puisqu’il n’a nécessité que dix semaines d’intervention. L’autre défi concerne le respect des hauteurs strictes issues du prospect qui ont amené à optimiser les sections des pièces d’acier. Ainsi, pour la salle de spectacles, l’inscription du volume dans le gabarit imposé a conduit à affiner au maximum les ossatures mises en place : à savoir la création d’un ample porte à faux de support des gradins, qui, dégageant la zone située dessous, accroît la visibilité globale de l’espace. Enfin, si l’acier est recyclable, il offre également une souplesse d’adaptation au site, notamment en terme de géométrie variable, tant en plan qu’en volume.

Le projet

Surface hors œuvre nette: 22 000 m2
Coût des travaux : 101,5 M € HT
Poids de la structure métallique : 320t
Surface de toiture couverte : 4000m2
Durée du montage : 3,5 mois

Les intervenants :
Maître d’ouvrage : Groupe Lucien Barrière
Maître d’ouvrage d’exécution : Coteba
Maître d’œuvre : Jean-Paul Viguier SA d’Architecture, assisté de Bertrand Beaussillon, architecte et directeur de projet
Bureaux d’études et intervenants : structure : Séchaud & Bossuyt ; fluides, génie climatique : BEFS ; façades : Arcora ; charpente métallique (intégré à l’entreprise Renaudat): Betom ingénierie / AEN, Joseph Noc ; cuisine : CEC ; préventionniste : PCSI ; descripteur : Pieffet
Scénographe : Ducks scéno
Entreprise générale : gros œuvre, charpente métallique, façades, couverture et lots architecturaux, Eiffage construction Nord Pas-de-Calais, avec les sous-traitants principaux: charpente métallique, Renaudat Centre Construction ; couverture, étanchéité, Sopréma ; façade aluminium, Goyer-Hefi.

ConstruirAcier est une association loi 1901 dont l'objectif est de promouvoir l'architecture et la construction métallique. Représentant l'ensemble de la filière acier, elle a vocation à faire connaître les atouts de l'utilisation des aciers auprès des architectes, bureaux d'études, ingénieurs, enseignants, étudiants et dans les ouvrages de construction de bâtiments et de travaux publics.