Tel un lampion dans le paysage alsacien, le Zénith de Strasbourg a été inauguré en janvier 2008. Grâce à sa structure métallique en ellipses décentrées et son éclairage, le nouvel équipement ressemble à un phare urbain qui lance des signaux, marque l’échelle du tissu urbain et fédère les cultures.

A proximité de Strasbourg, le Zénith est implanté à Eckbolsheim sur un site de 26 hectares arborés. Ce nouvel équipement préfigure l’aménagement d’une zone d’activités de 40 hectares qui vise à développer l’axe Est-Ouest de l’agglomération. Un axe dédié au rayonnement de la région grâce à l’implantation d’une Cité de la Musique, d’une Grande Bibliothèque, des Archives Départementales, de la gare TGV et du futur Parc des expositions.
En arrivant par l’A351, le regard est attiré par un bâtiment orange, sorte de lampion géant aux ellipses décentrées. Phare, lanterne magique, lampion… Ces analogies ne sont pas fortuites quand on apprend que l’intention de Massimiliano Fuksas, architecte-urbaniste italien, grand prix national d’architecture en 1999, était de créer un signal lumineux, chaleureux, attirant comme un « foyer ». Ajoutons que pour cet ancien élève du peintre Giorgio De Chirico, un projet architectural ne saurait être conçu sans inspiration artistique. Le bâtiment a donc été pensé comme un élément lyrique et sculptural englobant tous les programmes.
Très emblématique du vocabulaire architectural actuel, une « peau » texturée (fibre de verre avec enduction de silicone) translucide, chaudement colorée d’un orange vif, est tendue sur une ossature métallique. Ainsi drapée, la « lanterne magique », semble muette de jour. Mais dès la tombée de la nuit, elle se révèle bavarde : l’enveloppe est éclairée de manière à faire transparaître en ombre chinoise le spectre de la salle de spectacle.
Ponctuellement, un laser annonce le programme des festivités. Et à l’approche, une entaille, telle une bouche, invite à entrer dans un vaste hall d'accueil qui affirme clairement les orientations : de larges déambulatoires et des escaliers facilitent l’accès aux deux niveaux de la salle de spectacle. Au centre de cette dernière, la scène est dotée de structures modulables qui permettent de répondre aux différentes programmations : spectacles de variétés, conventions, événements sportifs…

L’ossature de la salle de concert se compose de 22 poutres treillis qui prennent appui sur un noyau central pour rayonner, à la manière d’une roue de bicyclette, vers les murs périphériques. Elles sont entretoisées par des éléments porteurs de couverture (pannes et chevrons profilés IPE ou HEA du commerce). Ces poutres treillis supportent les passerelles et le grill technique.
Le noyau central forme un cône supporté par une méga poutre qui prend appui sur les deux murs opposés côté scène. Ses membrures supérieures et inférieures sont des poutres caisson de tailles différentes reliées par des montants en profilé HD 400 et des diagonales en deux plats parallèles.
Tous ces éléments forment une coque autostable posée sur les murs périphériques qui supporte les effets verticaux de la toiture tout en transmettant les efforts horizontaux de séisme aux murs périphériques porteurs.
La structure extérieure s’appuie sur des poteaux PRS fixés sur des gabarits préscellés dans le béton des fondations. Ils portent les poutres de toiture, cinq cerces périphériques (profilés creux ronds) contreventées par des bracons dessinés au cas par cas ainsi que des poutres PRS (Profilé Reconstitué Soudé) de type caisson qui trouvent leur appui, à l’autre extrémité, sur les murs périphériques de la salle, dans le prolongement des poutres treillis précédemment décrites. Les lés du revêtement textile sont fixés aux cerces et tendus par un accastillage de câbles. Le tout forme quatre grandes ellipses désaxées qui confèrent au bâtiment sa forme originale.
L’ensemble de la structure métallique a été calculé pour répondre aux efforts dus aux surcharges climatiques et aux séismes. Elle est prévue pour supporter les poids de la couverture acoustique, de l’étanchéité, de la neige, des surcharges du grill technique.
Delphine Desveaux
Maîtres d’ouvrage : Communauté Urbaine de Strasbourg
Maître d'œuvre et direction des travaux : Massimiliano Fuksas (Chef de projet : Julien Terme)
Paysagiste : Atelier du paysage
BET TCE : BETOM ingénierie, Didier Morice / AEN, Joseph Noc
Acoustique : Altia
Ingénierie : Jacob et Christiansen (structures)
Entreprise générale : Perthuy construction
Dates : avril 2006 – janvier 2008
Surfaces : 14 000 m² (dont salle de spectacle : 7 000 m², scène : 600 m²)
Coût des travaux : 48,62 millions d’euros (hors abords et accès).
Charpente métallique
2 770 tonnes de charpentes
mega poutre : 76,20 m de portée ; 7,12 m hauteur
poutres rayonnantes : 47,3 m à 62 m de portée ; 7,12 m hauteur
poutres PRS : 8 à 31 m de portée ; 1 m hauteur ; 400 mm largeur
poteaux PRS : 25 m longueur ; 1,25 largeur
cerces horizontales : 400 mm Ø
Octroyé par le Ministère de la Culture, « Zénith » est un label mis au point en 1981 par les architectes Philippe Chaix et Jean-Paul Morel et des professionnels du spectacle, Daniel Colling et Daniel Keravec.
15è ouvrage du nom, le Zénith de Strasbourg est le plus grand de France avec une jauge de 10.000 spectateurs. Trois Zénith sont en cours de construction : Saint-Etienne, Amiens et Saint-Denis de la Réunion.




